Plus de deux mois après son arrestation, le militant panafricaniste Kémi Séba et ses co-accusés restent derrière les barreaux en Afrique du Sud. Le Tribunal de Pretoria a rejeté leur demande de liberté sous caution, prolongeant une détention déjà qualifiée d’arbitraire par ses soutiens. Pour les militants panafricanistes et les défenseurs des causes souverainistes africaines, cette affaire incarne une nouvelle illustration de la persécution politique orchestrée contre les voix critiques du néocolonialisme français et des régimes alignés sur Paris.
Arrêté le 13 ou 14 avril 2026 à Pretoria lors d’une opération de police, Kémi Séba (de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi), président de l’ONG Urgences Panafricanistes, son fils Khonsou et un Sud-Africain, faisaient l’objet d’une tentative de franchissement irrégulier de la frontière vers le Zimbabwe, en route supposée vers l’Europe. Les autorités sud-africaines ont rapidement lié cette interpellation à un mandat d’arrêt international émis par le Bénin, où Séba est accusé d’« incitation à la rébellion » pour avoir publiquement soutenu la tentative de coup d’État avortée du 7 décembre 2025 contre le président Patrice Talon.
Selon les soutiens du militant, cette détention de 66 jours à la prison de Kgosi Mampuru relève moins d’une simple affaire d’immigration que d’une chasse à l’homme politique coordonnée. « Le froid règne » dans les cellules, a témoigné Kémi Séba lui-même, dénonçant des conditions carcérales indignes pour un activiste de sa stature. Ses avocats, dont Juan Branco, ont multiplié les arguments : risque vital en cas d’extradition vers le Bénin, motivations politiques évidentes et violation des droits fondamentaux. La demande d’asile politique déposée en Afrique du Sud souligne la crainte d’une persécution.
Une persécution qui révèle les fractures panafricanistes
Pour les militants panafricanistes, cette affaire dépasse le cas individuel de Kémi Séba. Figure controversée mais influente, connu pour son discours anti-français virulent, son opposition au franc CFA et son soutien aux militaires au pouvoir au Sahel, Séba incarne une résistance assumée contre ce qu’il qualifie de « néocolonialisme ». Ses soutiens voient dans sa détention une manœuvre des puissances occidentales et de leurs alliés africains pour museler les voix qui appellent à une souveraineté réelle du continent.
« L’Afrique est bonne pour traquer ses propres patriotes », déplorent de nombreux commentaires sur les réseaux, rappelant les destins de Thomas Sankara ou d’autres leaders éliminés pour leur panafricanisme radical. La collaboration entre Pretoria et Cotonou est perçue comme une trahison de la solidarité africaine, d’autant plus que Séba bénéficie du soutien de régimes comme celui du Niger, qui lui avait octroyé un passeport diplomatique après la perte de sa nationalité française en 2024.
Les critiques des panafricanistes portent également sur le rôle d’un co-accusé issu d’un groupuscule afrikaner d’extrême droite : un étrange « mariage de circonstance » qui alimente les soupçons de manipulation pour discréditer l’activiste. Pourquoi une justice sud-africaine, souvent louée pour son indépendance post-apartheid, se montrerait-elle si rigide face à un militant dont le combat résonne avec les aspirations de millions de jeunes Africains ? La remise en cause de l’extradition et les reports successifs d’audiences (prochaine le 14 juillet) sont interprétés comme des tactiques dilatoires pour maintenir la pression.
Questions sur l’indépendance judiciaire et la géopolitique
Les défenseurs de Séba dénoncent une instrumentalisation de la justice au service d’intérêts géopolitiques. Le Bénin, régulièrement accusé par l’opposition de dérive autoritaire, cherche à neutraliser un opposant médiatique influent. En Afrique du Sud, la décision de rejeter la caution soulève des interrogations sur l’influence extérieure, notamment française, dans les affaires africaines.
Kémi Séba n’est pas un inconnu : expulsions multiples, brûlage symbolique de billets de franc CFA, proximité assumée avec des narratifs pro-russes ou anti-occidentaux. Pour ses détracteurs, il s’agit d’un agitateur ; pour ses partisans, d’un éveilleur des consciences face à la Françafrique persistante. Sa détention prolongée risque de transformer l’homme en martyr, galvanisant encore davantage la jeunesse panafricaniste sur les réseaux sociaux.
Alors que l’audience du 14 juillet approche, les soutiens appellent à une mobilisation internationale pour exiger sa libération et le rejet de l’extradition. Dans un continent en pleine effervescence souverainiste, l’affaire Kémi Séba pose une question fondamentale : les États africains sont-ils prêts à protéger leurs militants ou continueront-ils à servir de relais à des agendas extérieurs ?
