Transfèrement de Toumba : ses avocats dénoncent une décision « illégale » et exigent son retour à Conakry

Après le communiqué du parquet général près la Cour d’appel de Conakry annonçant le transfèrement du commandant Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », de la Maison centrale de Conakry vers la prison civile de Coyah, la défense du détenu est montée au créneau. Les avocats de Toumba dénoncent une décision qu’ils jugent irrégulière et contraire aux dispositions légales en vigueur.
Dans un entretien exclusif accordé à Bonheur FM, ce mardi 10 février 2026, Me Lancinet Sylla, l’un des avocats du commandant Toumba, est longuement revenu sur la genèse de cette affaire et les circonstances ayant conduit à ce transfèrement controversé.
Selon l’avocat, les premières informations relatives à une éventuelle extraction de son client ont été découvertes sur les réseaux sociaux.
« Ce qui se passe est tout à fait regrettable, parce que, comme vous, avant-hier, nous avons appris sur les réseaux sociaux qu’il y avait des éléments à la Maison centrale qui étaient sur le point d’extraire le commandant Aboubacar Sidiki Diakité vers une destination inconnue », explique Me Sylla.
Face à ces informations, la défense affirme s’être rendue à la Maison centrale de Conakry afin de rencontrer son client, avant d’en être empêchée.
« Nous avons été empêchés sous prétexte que toute visite était interdite, y compris aux avocats, et ce sur instruction », déplore-t-il.
Me Lancinet Sylla indique avoir ensuite pris contact avec le procureur général, qui lui aurait confié avoir pris connaissance des mêmes informations via les réseaux sociaux.
« Il m’a montré son téléphone et a donné des instructions au régisseur pour que je puisse entrer en contact avec mon client », précise l’avocat.
Cette rencontre avec Toumba aurait permis de faire le point sur l’opération de fouille évoquée dans le communiqué du parquet. Toutefois, la version de la défense diffère de celle des autorités judiciaires.
« Contrairement à la version publiée dans le communiqué du procureur général, le commandant ne s’est nullement opposé à l’opération de fouille. Il s’y est prêté comme tout autre détenu », soutient Me Sylla.
Pensant la situation apaisée, l’avocat dit avoir quitté la Maison centrale, avant d’apprendre, le lendemain, une nouvelle tentative d’extraction.
« Pendant que je me rendais à Kaloum pour une audience, j’ai appris qu’ils seraient encore venus pour l’extraire et l’amener vers une destination inconnue », relate-t-il, précisant que cette destination s’est révélée être la prison civile de Coyah.
Pour la défense, ce transfèrement constitue une violation manifeste de la loi.
« L’administration pénitentiaire n’a aucun pouvoir lui permettant de transférer un détenu d’une prison à une autre », affirme Me Lancinet Sylla.
L’avocat reconnaît que, si une résistance avait été établie, celle-ci aurait pu justifier une sanction, mais uniquement dans un cadre précis.
« Même si une opposition était avérée, elle ne donnerait lieu qu’à une simple mesure disciplinaire prévue par l’article 11 et 15 du Code de procédure pénale, une mesure qui s’exécute à l’intérieur de la Maison centrale », explique-t-il.
Selon Me Sylla, la loi est pourtant claire en matière de transfèrement de détenus.
« Lorsqu’il s’agit de transférer un détenu d’une maison centrale à une autre, seules les juridictions compétentes peuvent en décider, après débat contradictoire », rappelle-t-il, en se référant aux articles 10, 19 et 10, 20 du Code de procédure pénale.
Pour la défense, la décision ayant conduit au transfèrement de Toumba à Coyah est donc illégale et attentatoire à ses droits fondamentaux.
« Il n’existe aujourd’hui aucun titre régulier permettant de le détenir à la prison civile de Coyah », tranche Me Sylla.
C’est pour ces raisons que les avocats du commandant Toumba Diakité ont publié un communiqué officiel et exigent son retour immédiat à la Maison centrale de Conakry, où il était régulièrement détenu.

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