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Accueil Afrique

Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 votants

Abdoulaye Camara Par Abdoulaye Camara
mai 26, 2026
Dans Afrique
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Quelques jours après son départ de la Primature, Ousmane Sonko signe son retour au premier plan de la scène institutionnelle sénégalaise. Le leader du parti PASTEF a été élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 votants, consolidant ainsi son poids politique au sommet de l’État sénégalais.

Avec cette victoire écrasante, l’ancien chef du gouvernement prend désormais la tête du Parlement sénégalais, une institution centrale dans l’équilibre des pouvoirs et dans la conduite des réformes annoncées par les nouvelles autorités issues de l’élection présidentielle de 2024.

Dans son premier discours en tant que président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a adopté un ton grave et solennel, plaçant son mandat sous le signe de la responsabilité historique et de l’éthique publique.

« Aujourd’hui, dans cette Assemblée nationale, avec la responsabilité de la Présidée, je mesure pleinement la gravité du moment historique que traverse notre pays. Me voici appelé à conduire l’institution chargée de représenter directement la souveraineté populaire. Certains y voient une crise, d’autres un déchirement. Moi, j’y vois d’abord une épreuve de vérité pour notre démocratie. Les peuples ne jugent pas seulement les hommes politiques sur leur victoire. Ils les jugent surtout sur leur capacité à demeurer fidèles à leurs principes lorsque le pouvoir devient inconfortable. » déclare le nouveau président de l’assemblée.

Dans une allocution fortement marquée par des références philosophiques et historiques, le nouveau président de l’Assemblée nationale a insisté sur la nécessité de replacer la morale au cœur de l’action publique.

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Pour la crise actuelle au sommet de l’État, il existe une question plus importante que celle de savoir qui gouverne. Cette question est, au nom de quoi gouverne-t-on ?

« Depuis plusieurs mois, notre pays a vu émerger des divergences profondes au sommet de l’État. Elles ont été décrites comme des rivalités personnelles, des conflits d’ambition ou des luttes d’influence. Je ne souhaite pas nourrir cette lecture réductrice. Ce qui est en jeu dépasse les individus. Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique.»

Citant le philosophe grec Aristote ainsi que l’ancien président du Conseil sénégalais Mamoudou Dia, Ousmane Sonko a défendu une vision du pouvoir fondée sur la justice, la vertu et le bien commun.

« Aristote écrivait dans l’éthique à Nicomac que la politique est l’art suprême parce qu’elle a pour finalité le bien commun. Non pas pour le bien d’un clan, non pas pour la conservation d’un pouvoir pour lui-même, mais le bien de la cité. Il rappelait également qu’aucune cité ne peut durer si la vertu disparaît de ceux qui la dirigent. »

Poursuivant son intervention, il a également évoqué les idéaux portés par Mamoudou Dia au lendemain de l’indépendance du Sénégal.

« Au Sénégal même, cette question de l’éthique du pouvoir ne nous est pas étrangère. Le président Mamoudou Dia rappelait déjà, au lendemain de l’indépendance, qu’aucun projet de transformation nationale ne peut survivre si les dirigeants confondent l’État avec leurs propres intérêts. Pour lui, la souveraineté ne pouvait pas être seulement politique. Elle devait être morale, économique et sociale. Il savait qu’un pays peut disposer d’un drapeau, d’un hymne national et d’institutions tout en demeurant prisonnier de pratiques qui vident la République de son sens. Ce que Mamoudou Dia avait compris très tôt, beaucoup de nations africaines l’ont découvert parfois trop tard. Un pays peut survivre à la pauvreté matérielle, mais rarement à l’effondrement de sa morale publique. »

Le leader de PASTEF a ensuite mis en garde contre les dérives du pouvoir et l’érosion de la confiance populaire envers les institutions.

« Une nation ne meurt pas seulement de pauvreté économique, elle peut mourir de fatigue morale. Elle peut mourir lorsque les institutions cessent d’être au service du peuple pour devenir des instruments de confort, de peur et de calcul. »

Dans un passage particulièrement fort de son discours, Ousmane Sonko a élargi sa réflexion à l’histoire politique africaine, dénonçant les trahisons des idéaux révolutionnaires et les dérives autoritaires observées dans plusieurs pays du continent.

« Nous venons d’une longue histoire de désillusion africaine. Combien de peuples ont vu des mouvements de libération devenir des appareils de domination ? Combien de promesses de rupture se sont dissoutes dans les privilèges, les accommodements et les silences ? Combien de révolutions ont fini par craindre la transparence qu’elles réclamaient hier ? Saint-Augustin, dans la cité de Dieu, posait une question redoutable. Qu’est-ce qu’un État sans justice, sinon une grande association de brigands ? Cette phrase demeure d’une actualité implacable pour toutes les nations du monde. »

Face aux députés réunis dans l’hémicycle, le nouveau président de l’Assemblée nationale a enfin rendu hommage aux sacrifices consentis par de nombreux Sénégalais dans le combat politique ayant conduit à l’alternance de 2024.

« C’est pourquoi, je veux le dire ici avec gravité, la morale politique n’est pas une décoration dessinée au discours de campagne électorale. Elle est la condition de survie des nations. Lorsqu’un peuple perd confiance dans la parole publique, il cesse progressivement de croire aux institutions elles-mêmes. Notre responsabilité historique est immense car notre peuple a beaucoup souffert pour rendre possible la révolution citoyenne par les urnes de 2024.

Des jeunes sont tombés, des familles ont pleuré, des citoyens ont connu la prison, la peur et parfois l’exil. Le peuple sénégalais n’a pas porté notre projet au pouvoir pour assister à une simple permutation d’élite. Il l’a porté pour restaurer une certaine idée de la dignité publique. Cette fidélité intérieure à la dignité d’un peuple traverse toute notre histoire nationale. »

Il promet ne pas être un obstacle dans le bon fonctionnement des institutions, mais en tout cas, une opposition s’est créée au sein de la mouvance autre fois vue, très soudée.

Mots clés: GouvernementPolitique
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