La Société des Eaux de Guinée (SEG), entreprise publique chargée de la production et de la distribution d’eau potable dans les centres urbains du pays, traverse une grave crise financière et opérationnelle. Lors de la cérémonie d’installation du nouveau directeur général Algassimou Dioubaté ce 23 juin 2026, le président du Conseil d’administration, Alpha Yaya Sow, a dressé un constat sévère : découverts bancaires atteignant 19 milliards de GNF, dettes fiscales (notamment la TVA collectée mais non reversée à l’État), dettes sociales (cotisations non versées à la CNSS) et dettes fournisseurs colossales. Il a qualifié la SEG d’« entreprise publique la plus malade de Guinée », tout en saluant quelques améliorations récentes sous la direction précédente et en appelant à un redressement accéléré.
Financements alloués à la SEG depuis 2020 : un effort international significatif
Depuis 2020, la SEG bénéficie de financements substantiels, principalement orientés vers l’extension des infrastructures et le redressement opérationnel. Le projet le plus marquant est le Projet Eau et Assainissement de Guinée (PEAG), approuvé en avril 2025 par la Banque mondiale. Celui-ci inclut un crédit de 200 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA). Avec les cofinancements de 15 millions de dollars du gouvernement guinéen, un prêt de la Banque européenne d’investissement (220 millions d’euros), une subvention de l’Union européenne (26 millions d’euros) et d’autres contributions (notamment du Fonds pour l’environnement mondial), le financement total atteint environ 499 millions de dollars. Ce projet (2025-2031) vise notamment la mise en œuvre d’un plan de redressement pour la SEG, l’amélioration de la production et de la distribution à Conakry, ainsi que des actions d’assainissement.
D’autres initiatives antérieures ou complémentaires impliquent des partenaires comme la BADEA (Banque Arabe de Développement Économique en Afrique) et le gouvernement guinéen pour des projets dans des villes secondaires. Ces financements proviennent essentiellement de bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux (Banque mondiale, BEI, UE, etc.), complétés par des contreparties nationales. Ils répondent à un sous-investissement chronique historique dans le secteur. Des projets plus anciens (avant 2020) incluaient également des partenariats avec des acteurs chinois, mais les données précises sur les montants cumulés exacts depuis 2020 restent dispersées et nécessitent un suivi budgétaire officiel plus détaillé.
Défis de l’approvisionnement : production insuffisante et déficit chronique
La Guinée, surnommée le « château d’eau » de l’Afrique de l’Ouest en raison de ses ressources hydriques abondantes, fait paradoxalement face à un déficit majeur d’eau potable en milieu urbain. À Conakry, les besoins journaliers sont estimés à environ 400 000 m³, tandis que la capacité de production cumulée de la SEG oscille autour de 150 000 m³/jour (stations comme Yessoulou I, II, III). Cela génère un déficit structurel d’environ 250 000 m³/jour.
Des pertes importantes (jusqu’à 50 % selon certaines sources) sont dues aux fuites sur les réseaux vétustes et aux fraudes/connexions illégales. La population connectée au réseau SEG souffre de faible pression et de distributions intermittentes. Le PEAG ambitionne d’ajouter des capacités significatives (notamment via une nouvelle usine Yessoulou IV de 200 000 m³/jour) et d’améliorer le service pour plus de 2 millions de personnes déjà connectées, tout en donnant accès à l’eau potable à plus de 570 000 nouvelles personnes.
Les problèmes de la SEG au cours des dix dernières années (2015-2025)
Sur la dernière décennie, la SEG a accumulé des difficultés récurrentes : sous-investissement dans les infrastructures, dégradation des réseaux entraînant des pertes élevées, mauvaise gouvernance et problèmes de recouvrement des factures. La production n’a pas suivi la croissance démographique rapide de Conakry et des centres urbains. Des tentatives de partenariats public-privé (PPP) ont été explorées sans toujours aboutir pleinement. La gestion antérieure a été critiquée pour des pratiques comptables douteuses (non-reversement de TVA et cotisations sociales), contribuant à l’endettement massif. Malgré des efforts de redressement post-2021 sous la transition, les indicateurs restent fragiles, avec une dépendance forte aux bailleurs internationaux pour tout investissement majeur.
Ces problèmes ont entraîné une insatisfaction chronique des populations urbaines et une pression sur les finances publiques. Cependant il faut être optimiste, car les financements récents offrent une opportunité historique de redressement, mais sa réussite dépendra de la gouvernance interne, de la réduction des pertes et d’une mobilisation accrue des recettes propres. Le suivi rigoureux par les autorités et les partenaires sera essentiel pour transformer ces investissements en accès durable à l’eau potable.








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