La Guinée franchit une nouvelle étape dans la modernisation de ses dispositifs de sécurité urbaine. Les autorités ont officiellement donné le feu vert pour la mise en œuvre du projet « Guinea Safe City », un programme de vidéosurveillance de grande envergure financé par un prêt concessionnel chinois d’environ 56 millions de dollars. Destiné à renforcer la sécurité publique, améliorer la gestion du trafic et soutenir le développement des villes, le projet suscite également des interrogations sur la protection des données personnelles et le respect des libertés individuelles.
Un investissement de 56 millions de dollars pour sécuriser les villes
Le gouvernement guinéen a officiellement donné le feu vert de la mise en œuvre du programme « Guinea Safe City », une initiative technologique visant à renforcer la sécurité urbaine grâce à des systèmes avancés de surveillance numérique. Le président de la république a pris le décret de promulgation de la loi autorisant la ratification d’un important accord de prêt.
Le projet est financé par un prêt concessionnel de 385,3 millions de yuans, soit environ 56 millions de dollars américains. La convention de financement a été approuvée par le Conseil national de la transition (CNT) le 13 mars 2026.
Accordé par la Banque d’import-export de Chine (Exim Bank), le prêt est assorti d’un taux d’intérêt de 2 %, d’une période de grâce de cinq ans et d’une durée totale de remboursement de vingt ans.
L’accord-cadre entre la Guinée et la Chine avait été signé en 2025. La mise en œuvre du programme a été confiée au groupe technologique chinois Huawei.
Plus de 300 sites de vidéosurveillance dans huit villes
Le projet prévoit le déploiement d’un important dispositif de surveillance à travers plusieurs agglomérations du pays.
Selon les documents présentés aux conseillers nationaux, « Guinea Safe City » comprend :
- L’installation de 324 sites de vidéosurveillance dans huit villes, dont Conakry ;
- La construction de huit centres de commandement et de surveillance ;
- L’acquisition de 900 terminaux portables destinés aux forces de sécurité ;
- Le déploiement de 100 terminaux mobiles embarqués dans les véhicules d’intervention ;
- La mise en place de six stations de base LTE pour assurer une transmission sécurisée des données.
Ces infrastructures permettront une surveillance en temps réel des zones jugées sensibles, une meilleure coordination des interventions sécuritaires et une gestion plus efficace du trafic urbain.
Répondre aux défis de l’urbanisation et de l’insécurité
Les autorités justifient ce programme par la croissance rapide des centres urbains guinéens et les défis sécuritaires qui l’accompagnent. Conakry, principal pôle économique du pays, fait régulièrement face à des problèmes de criminalité, de banditisme, d’embouteillages, de gestion des foules et de sécurité lors des grands rassemblements publics.
Le gouvernement estime que les nouvelles technologies permettront d’améliorer la prévention des actes criminels, d’accroître la réactivité des forces de sécurité et de renforcer la capacité des services publics à gérer les situations d’urgence.
Le projet s’inscrit également dans la vision de développement portée par le programme Simandou 2040, notamment dans son volet consacré aux infrastructures modernes et à la transformation numérique.
Un outil pour attirer les investissements et moderniser les services publics
Au-delà des enjeux sécuritaires, les autorités présentent « Guinea Safe City » comme un levier de développement économique.
Les données collectées pourraient servir à améliorer la planification urbaine, optimiser les réseaux de transport et accompagner la modernisation des services publics.
Le gouvernement espère également que l’amélioration du climat sécuritaire favorisera l’attractivité économique du pays et encouragera les investissements nationaux et étrangers.
Le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaël Nabe, a salué un projet qu’il considère comme un symbole de la coopération sino-guinéenne et un investissement dans des infrastructures modernes et résilientes.
Protection des données : des préoccupations soulevées au CNT
Si le projet a reçu l’aval du CNT, plusieurs conseillers nationaux ont néanmoins exprimé des réserves lors des débats.
Les préoccupations portent notamment sur :
- La protection de la vie privée des citoyens ;
- Le cadre juridique encadrant l’utilisation des caméras de surveillance ;
- La sécurisation et l’hébergement des données collectées ;
- La cybersécurité du système ;
- L’alimentation électrique des équipements ;
- L’identification précise des sites concernés.
Les conseillers ont recommandé au gouvernement de renforcer le cadre légal relatif à la protection des données personnelles, de former les agents chargés de l’exploitation du système et de prévoir un transfert progressif des compétences vers les techniciens guinéens.
Trouver l’équilibre entre sécurité et libertés
Comme dans plusieurs pays ayant adopté des dispositifs similaires, le succès de « Guinea Safe City » dépendra autant de son efficacité opérationnelle que des garanties apportées aux citoyens.
Pour les observateurs, la mise en place de mécanismes transparents de contrôle, de gestion des données et de respect des droits fondamentaux sera déterminante pour instaurer la confiance autour de ce programme.
Présenté comme un outil de modernisation et de sécurisation des villes guinéennes, « Guinea Safe City » ouvre ainsi un nouveau chapitre dans l’utilisation des technologies numériques au service de la sécurité publique, tout en relançant le débat sur l’équilibre entre protection des populations et préservation des libertés individuelles.







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