La Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée ce 03 mai 2025. Un moment censé être festif, symbole de triomphe pour les journalistes du monde entier. Mais en Guinée, cette journée résonne comme un cri étouffé, une alerte rouge, une commémoration plus que jamais poignante. Dans un pays où la presse se débat dans un océan d’interdits, de censures, de menaces et de disparitions, célébrer la liberté d’informer relève désormais d’un acte de bravoure.
Au moment où les partons de média choisissent de le célébrer la journée en lien avec l’intelligence artificielle, le Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG) a choisi de ramener le débat à la réalité nationale : celle d’un journalisme devenu une cible dans un pays en transition militaire. Le thème choisi, « Informer dans un pays en transition militaire, l’impact de la fermeture des médias sur les conditions de vie des journalistes et l’avenir du journalisme indépendant en Guinée », n’est pas un simple slogan, c’est un miroir cruel de la situation actuelle que traverse les journalistes et média guinéens.
Plus de deux ans d’asphyxie. Plus de 70 atteintes graves en 2024 répertoriés par le syndicat qui illustre cette triste réalité par la chute vertigineuse dans le classement de Reporters Sans Frontières. Cette année, le pays passe de la 78e à la 103e place mondiale, devenant l’État ayant le plus régressé. Ces chiffres ne sont pas que des statistiques. Ils racontent les intimidations, les suspensions, les séquestrations, les censures, les détentions arbitraires… et surtout, ils soulève l’inquiétude sur l’avenir du journalisme indépendant en Guinée.
Le silence des fréquences, l’écran noir de certaines chaînes de télévision, la voix tue de journalistes suspendus et autres, ce sont des drames humains derrière chaque décision d’interdiction. Des familles entières livrées au chômage. Des rédactions fermées. Des plumes réduites à l’exil ou à l’autocensure.
Et que dire de la disparition du journaliste Habib Marouane Camara, enlevé depuis le 3 décembre 2024 sans nouvelles, sans enquête crédible, sans justice. Le SPPG n’en démord pas. Le syndicat exige la vérité derrière la disparition notre confrère Habib et appelle l’État à poser des actes pour retrouver le journaliste porté disparu il ya plusieurs mois.
Face à cette descente aux enfers, le SPPG lance un appel solennel, presque désespéré, mais déterminé à reprendre le chemin du dialogue, restaurer la confiance, garantir la sécurité des journalistes, et surtout, rouvrir les médias fermés. Il appelle l’État à respecter les engagements internationaux sur la liberté de la presse, à inclure le SPPG dans toutes les réformes du secteur, et à donner un sens réel au mot rectification souvent galvaudé par les autorités. Il réclame la représentation de ses membres au sein de la Haute autorité de la communication pour mieux protéger les intérêts des journalistes.
M Yacine Diallo









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