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Ministre, et après ? (Par Tibou Kamara)

Abdoulaye Camara Par Abdoulaye Camara
juillet 21, 2025
Dans Opinion
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De l’indépendance à ce jour, beaucoup de ministres se sont succédé, se sont transmis le témoin, comme dans une course de relais sans fin. Ils sont si nombreux qu’ils pourraient, tous réunis, peupler un quartier, ou du moins constituer une forte communauté de retraités précoces, d’actifs admis au chômage ou forcés à un congé à durée indéterminée.

Très peu d’entre nous se souviennent de tous ces bataillons d’anciens ministres, pour la plupart tombés en décrépitude sous le poids de l’oubli, ou tout simplement engloutis dans l’océan du temps. Peut-être leur mémoire vit-elle dans les épais murs de leurs demeures froides, ou leur héritage est-il à retrouver dans des comptes bancaires éventés, si ce n’est éventrés. La postérité ne les a pas inscrits dans sa conscience et ne veut en faire ni modèles ni références.
Rares sont les ministres qui parviennent à s’immortaliser, tandis que ceux qui sont oubliés, banalisés et marginalisés, aussitôt qu’ils quittent les affaires, courent toutes les rues. Y a-t-il une malédiction d’État ou un arrière-goût ministériel amer ?
« Il est des ministres qui marquent leur époque et d’autres que l’époque ne remarque pas », ironise sentencieusement Daniel Confland.
Soit ! Ce n’est pas parce qu’on est devenu ministre qu’on est le meilleur ou le plus méritant d’entre tous. Ce n’est pas après un vote, ni à l’issue d’un concours de sélection, qu’on entre dans un gouvernement. C’est l’homme ou la femme à la tête de l’État qui en décide, en son âme et conscience. Le chef de l’exécutif estime que les personnalités choisies sont dignes de confiance, qu’elles pourront servir sa cause, se montreront à la hauteur de leurs fonctions, auront à cœur d’être serviables envers leurs concitoyens et de faire œuvre utile pour la nation.
Le ministre n’est donc pas le premier de la classe ni le plus doué des fonctionnaires. Le bon n’est pas celui qui a la science infuse, peut soulever des montagnes, sait tout, et peut tout faire. C’est celui qui sait constituer une équipe à partir des talents et compétences dont il hérite. Ce n’est pas celui qui s’entoure de médiocres pour briller seul et se plaît parmi des courtisans promts à le couvrir de flatteries. Ce n’est pas non plus celui qui craint tout potentiel successeur et cherche à écarter de son chemin quiconque ne lui prête pas allégeance ou lui ferait de l’ombre.
Les cabinets regorgent d’hommes et de femmes qui ne demandent qu’à faire leur travail et n’attendent rien d’autre de leurs chefs de département qu’un peu de respect et de considération, pour l’expérience acquise et l’expertise avérée. Toutes ces années, chacun a vu tant de ministres passer et trépasser qu’on n’est plus impressionné par leurs « excellences » et n’est pas convaincu que la fonction ministérielle donne automatiquement des lettres de noblesse et une place au-dessus de tous.

GLOIRE PASSAGÈRE OU ENGAGEMENT DURABLE ?

Les commis de l’État et agents de l’administration savent que tout se passe comme dans un tirage au sort. Dans beaucoup de pays, pour faire partie du gouvernement, il n’y a pas de hasard ni d’improvisation : à compétence égale, il faut avoir été élu ; en cas de défaite électorale, la démission suit et c’est la fin de mission. Grimper les échelons dans les partis au pouvoir ou dans l’administration publique est aussi un critère. Toute personne ayant des dons exceptionnels ou une grande notoriété dans sa profession et son domaine de compétence peut aussi être cooptée, afin que toute la société soit représentée et que l’opinion ne pense pas que c’est le « tout politique », que le gouvernement est une affaire de « copains et de coquins ». Politiques et technocrates se retrouvent ainsi côte à côte, dans un savant équilibre.
Sous les tropiques, le plus souvent, c’est à la tête du client et suivant la « chance » qu’on nomme les ministres. Il suffit de taper dans l’œil du chef de l’État ou de bénéficier des faveurs de son entourage privilégié ou de son cercle de confiance. Tant qu’on a les capacités nécessaires et la moralité convenable, il n’y a pas de tabou ni d’interdit. Mais lorsqu’il n’y a ni prédisposition ni aptitude à servir dans un gouvernement, chez un ministre, c’est un scandale. Le gouvernement n’est pas une auberge espagnole, l’administration n’est pas la cour du roi Pétaud. Chacun est doué pour quelque chose.
Lorsqu’on se trompe de vocation ou qu’on s’aventure en terrain inconnu, on rate sa vie et devient la risée publique. On n’est pas militaire, médecin, ingénieur, artiste ou entrepreneur simplement parce qu’on le veut ou le désire. De même, l’on ne s’improvise pas ministre parce qu’on aspire à l’être pour satisfaire un ego personnel ou devenir « quelqu’un ».
L’État doit garder un peu de son mythe, le service public son mystère. On y entre avec la passion de se consacrer aux autres et d’apporter le meilleur de soi à son pays. Or, on en fait des vaches laitières que tout le monde veut traire.
Si ailleurs, pour gagner de l’argent, on embrasse une activité lucrative, génératrice de revenus, sous nos cieux, on prend le raccourci d’un décret de nomination à un poste dans la fonction publique ou dans l’appareil d’État. La pyramide des normes et des valeurs est inversée. Plus personne ne veut rester à sa place ni se limiter à un rôle à sa portée. Quand la société perd ses repères et l’État ses marques, la rigueur et l’excellence qui permettent de distinguer les États et les hommes foutent le camp.
À qui la faute ?

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Tibou Kamara

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