L’année 2025 restera comme l’une des plus structurantes de l’histoire politique récente de la Guinée. Annoncée dès ses premières heures comme une « année électorale », elle aura été marquée par une succession de décisions majeures : recensement biométrique de grande ampleur, adoption d’une nouvelle Constitution, recomposition du champ politique, création de nouvelles institutions électorales et organisation d’une élection présidentielle décisive. Une année dense, parfois contestée, mais profondément transformatrice.
Une année électorale annoncée dès le Nouvel An
Tout commence dans la nuit du 31 décembre 2024. À l’occasion de son adresse de Nouvel An, le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, annonce que 2025 sera « l’année électorale ». Il promet l’organisation d’un référendum constitutionnel avant la fin du premier trimestre et réaffirme sa volonté de « refonder l’État », plutôt que de revenir à une normalité institutionnelle jugée insuffisante. Le ton est donné.
PN-RAVEC : un recensement biométrique au cœur des enjeux
Le 15 avril 2025, le ministère de l’Administration du territoire lance officiellement le Programme national de recensement administratif à vocation d’état civil (PN-RAVEC). Près de 9 818 agents sont déployés sur l’ensemble du territoire et dans la diaspora pour enrôler biométriquement les citoyens. Le chef de l’État se fait enrôler publiquement, dans un geste hautement symbolique.
À l’issue de l’opération, le Registre national des personnes physiques (RNPP) enregistre 8 979 923 citoyens âgés de 10 ans et plus, dont 6 748 923 électeurs. Mais le processus n’échappe pas aux critiques, notamment sur les écarts statistiques entre certaines régions comme Conakry et Kankan. À l’étranger, deux figures majeures de l’opposition, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, n’obtiennent pas leur enrôlement à Abidjan, suscitant une vive controverse politique entre le gouvernement et l’ANAD.
Nouvelles institutions électorales, vieilles suspicions
Dans la perspective des scrutins, une Direction générale des élections (DGE) est créée en juin 2025. Djenabou Touré est nommée directrice générale le 22 juillet, assistée de Georges Abraham Sory. La DGE devient rapidement la cheville ouvrière du processus électoral.
Autre organe clé, l’Observatoire national autonome de supervision du référendum (ONASUR) voit ses membres nommés seulement le 18 septembre, à trois jours du vote référendaire. Cette désignation tardive, dans un climat politique tendu, soulève des interrogations sur la capacité réelle de l’institution à garantir la transparence du scrutin.
Référendum constitutionnel : large victoire du “oui”, débats persistants
Après plusieurs mois de vulgarisation du projet constitutionnel, le référendum est organisé le 21 septembre 2025. Le « oui » l’emporte avec 89,38 % des suffrages exprimés, pour un taux de participation annoncé de 86,42 %. Si les autorités saluent un plébiscite populaire, des acteurs politiques dénoncent un scrutin verrouillé et un texte taillé pour pérenniser le pouvoir militaire. La Cour suprême valide les résultats, et la nouvelle Constitution est promulguée le 26 septembre.
Champ politique sous pression : suspensions et crises internes
L’année est également marquée par une vaste opération de « nettoyage » du paysage partisan. Le 14 mars, 28 partis politiques sont suspendus pour manquements administratifs. Le 22 août, les grandes formations que sont l’UFDG, le RPG et le PRP sont à leur tour suspendues pour 90 jours, une décision dénoncée par l’opposition comme une stratégie d’élimination politique à l’approche des scrutins.
Parallèlement, l’UFDG traverse une crise interne majeure autour de la réintégration d’Ousmane Gaoual Diallo. Congrès suspendus, décisions judiciaires et interventions du MATD rythment plusieurs mois de bras de fer, jusqu’au rejet du recours du parti par la Cour suprême.
Justice et politique : le cas Aliou Bah
L’actualité politique de 2025 reste aussi marquée par le procès d’Aliou Bah, condamné en janvier à deux ans de prison pour « offense » et « diffamation » contre le président de la transition. La peine est confirmée en appel le 28 mai, malgré les réquisitions plus lourdes du parquet. L’opposition dénonce un procès politique, symbole d’un rétrécissement de l’espace démocratique.
Pressions régionales et contestation de rue en berne
Sur le plan régional, la CEDEAO maintient la pression. En avril, une mission technique conduite par Abdel-Fatau Musah se rend à Conakry pour rappeler le calendrier de retour à l’ordre constitutionnel. Les autorités guinéennes réaffirment leur engagement, tout en revendiquant leur souveraineté.
Dans le pays, malgré plusieurs appels à manifester lancés par les forces vives, aucune mobilisation significative n’a lieu en 2025. La seule manifestation notable se tient à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, opposant partisans et détracteurs du CNRD.
Présidentielle de décembre : l’aboutissement du processus
Annoncée comme le point d’orgue de l’année électorale, l’élection présidentielle se précise à l’automne. La DGE fixe la caution à 900 millions de francs guinéens. Soixante-six candidatures sont déposées, mais seules neuf sont validées par la Cour suprême le 12 novembre, dont celle du général Mamadi Doumbouya, porté par de nombreux mouvements de soutien.
Malgré dix-huit recours introduits par des candidats recalés, tous rejetés, la campagne se déroule du 28 novembre au 25 décembre. Le scrutin du 28 décembre est salué comme l’un des mieux organisés de l’histoire récente du pays. Le candidat du GMD arrive largement en tête, dans un climat globalement apaisé.
Une année charnière pour la République
Recensement biométrique, nouvelle Constitution, recomposition du champ politique, institutions électorales inédites et présidentielle décisive : 2025 aura été une année de rupture et de refondation politique en Guinée. Reste désormais à savoir si cette séquence historique marquera le début d’une stabilité durable ou l’ouverture d’un nouveau cycle de défis démocratiques.








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