L’année 2025 s’achève en Guinée sur un bilan contrasté dans les domaines de la justice et des droits humains. Marquée par des décisions judiciaires majeures, des réformes institutionnelles annoncées, mais aussi par des crises profondes et des critiques internationales persistantes, elle aura placé le système judiciaire guinéen au cœur du débat public. Retour sur douze mois qui ont façonné, parfois durement, le paysage juridique et les libertés fondamentales du pays.
Une année ouverte sous le regard sévère des ONG internationales
Dès les premiers mois de 2025, la Guinée se retrouve sous pression internationale. En février, Amnesty International, accompagnée de vingt-quatre organisations de défense des droits humains, adresse une lettre ouverte au chef de l’État. Les signataires y dénoncent un climat préoccupant fait de disparitions forcées, d’enlèvements, d’actes de torture et de harcèlement sécuritaire visant militants et acteurs de la société civile. Les ONG exigent des enquêtes indépendantes et rappellent leur opposition à toute mesure susceptible de favoriser l’impunité dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009.
Quelques jours plus tard, le 28 février, Human Rights Watch publie son World Report 2025. Le chapitre consacré à la Guinée pointe l’usage excessif de la force lors des manifestations, la restriction de l’espace civique et politique, ainsi que les tensions liées aux projets miniers, notamment dans les zones de bauxite et autour du mégaprojet Simandou.
Réformes pénitentiaires : entre annonces et réalité carcérale
Face à ces critiques, les autorités mettent en avant leurs efforts dans le secteur pénitentiaire. Le 25 février, la Maison centrale de Conakry se dote d’un nouveau bâtiment de 750 places, accompagné de lits et de matelas. Le ministre de la Justice, Yaya Kairaba Kaba, affirme alors que « la prison n’est pas un mouroir ».
Mais les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme rappellent l’ampleur du défi : plus de 1 900 détenus pour un établissement conçu pour environ 300 places. Dans cette dynamique de réforme, le ministre multiplie, en mars puis en juillet, les visites du chantier de la future prison de Yorokoguiah, annoncée pour accueillir jusqu’à 3 000 détenus et présentée comme le symbole du renouveau pénitentiaire.
Le dossier du 28 septembre 2009 : avancées et fracture
L’année 2025 est également marquée par des décisions majeures liées au massacre du 28 septembre 2009. Un décret présidentiel prévoit l’indemnisation de 334 victimes pour un montant global de 117,9 milliards de francs guinéens. Si certains bénéficiaires saluent une avancée historique, plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent un manque de transparence et soulignent que près de 750 victimes avaient été initialement recensées.
La fracture s’accentue le 28 mars avec la grâce présidentielle accordée à l’ancien chef de la transition, le capitaine Moussa Dadis Camara, officiellement pour raisons de santé. La décision provoque une vague d’indignation. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) parle d’un « affront à la justice et à la mémoire des victimes ». En septembre, Amnesty International, Human Rights Watch, la FIDH, l’OGDH et l’AVIPA demandent officiellement l’annulation de cette grâce, estimant qu’elle compromet l’accès à la vérité, à la justice et aux réparations.
Verdicts judiciaires et lutte contre l’impunité
Sur le terrain judiciaire, 2025 est aussi l’année de décisions fortes. À Kankan, le verdict dans l’affaire du meurtre d’Adama Konaté marque les esprits. Bangaly Traoré est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de trente ans. Un jugement salué comme exemplaire dans un contexte national marqué par la recrudescence des violences basées sur le genre.
La lutte contre les crimes économiques se poursuit devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Plusieurs verdicts retentissants tombent : l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana est condamné à cinq ans de prison pour enrichissement illicite et détournement de fonds ; l’ex-ministre de l’Éducation Ibrahima Kourouma écope de quatre ans ferme avec confiscation de ses biens ; tandis que Dr Ousmane Kaba est relaxé, la cour estimant que les faits reprochés ne sont pas établis.
Crises au sein des professions judiciaires
L’année est également marquée par des tensions internes au sein des corps judiciaires. L’Association des magistrats de Guinée renouvelle sa direction, élisant le juge Ibrahima Sory II Tounkara, figure clé du procès du 28 septembre 2009, avec plus de 98 % des voix. Il promet une magistrature unie et attachée à l’éthique.
Mais une crise sans précédent éclate en juin avec l’enlèvement de Me Mohamed Traoré, ancien bâtonnier et ancien membre du CNT. Retrouvé blessé, l’avocat affirme avoir subi des violences et des tortures. En réaction, le Barreau de Guinée suspend toutes les audiences pendant un mois, paralysant le fonctionnement de la justice malgré plusieurs tentatives de médiation avec le gouvernement. Une alerte grave sur la sécurité des acteurs judiciaires.
Engagements internationaux et droits socio-économiques
Sur la scène internationale, la Guinée passe son Examen périodique universel à Genève. Le pays accepte 246 recommandations sur 257, portant notamment sur la liberté de la presse, la lutte contre les disparitions forcées et les droits civils et politiques. Un engagement salué, mais que les ONG jugent fragile en l’absence de mécanismes clairs de financement et de suivi.
En octobre, Amnesty International publie un rapport accablant sur les conditions de travail des employés de la SOGUIPAH. Salaires inférieurs au minimum légal, risques sanitaires, absence de protection et menaces : l’ONG dénonce des violations graves du droit du travail et des engagements internationaux de la Guinée.
Violences basées sur le genre : un défi persistant
Malgré des verdicts judiciaires exemplaires, les violences basées sur le genre demeurent un fléau. Selon l’OPROGEM, 212 cas de viol ont été enregistrés, mais les autorités reconnaissent que moins de 1 % des cas seraient réellement déclarés. Un écart alarmant entre la réalité et les statistiques officielles.
Un bilan en demi-teinte, des attentes fortes pour 2026
Entre réformes annoncées, décisions judiciaires marquantes, crises institutionnelles et alertes internationales, l’année 2025 apparaît comme une période de contrastes pour la justice et les droits humains en Guinée. Des avancées sont visibles, mais les défis structurels demeurent lourds. À l’orée de 2026, une question reste posée : ces événements ouvriront-ils la voie à un système judiciaire plus juste et protecteur des droits humains, ou révéleront-ils les limites d’un chantier encore inachevé ?









Discussion à propos de cepost